
1 S'Ombre (17:46)
2 Chrysalithe (20:34)
3 Les Pierres Du Seuil (Parts 1-3) (32:35)
La constellation des musiques pour bande bénéficie encore aujourd'hui du mythe de la nouveauté. Pourtant, comme dans d'autres musiques, les stéréotypes sont plus nombreux que les oeuvres vraiment inspirées, alors que le champ d'innovation du genre est régulièrement nourri de continuels progrès techniques. L'accès facilité des compositeurs à des enregistreurs portables, aux possibilités de restitution extrêmement précises a ouvert une nouvelle voie d'exploration qui permet d'observer et d'exploiter, comme avec un microscope, la trame à l'intérieur de n'importe quel grain sonore. Les ~uvres disponibles sur ces CDs s'inscrivent en partie dans cette démarche.
Dès la pièce "S'ombre" d'Eric LA CASA, on est gagné par la sensation que le compositeur donne du temps au temps, nous permettant de plonger corps et âme dans cet écoulement d'eau. Petit à petit, des minéraux flottants s'entrechoquent et le souffle perd sa couleur naturelle pour prendre celle d'une soufflerie industrielle. Dès le retour au calme. l'auditeur est sorti de la simple jouissance écologique du paysage sonore, pour guetter dans cette nouvelle quiétude le moindre élément sonore ambivalent pouvant devenir agressif: l'écoute, gagnée d.une compréhension supplémentaire, devient moins naïve. Chaque son employé garde sa singularité et le travail de composition se refuse à fondre les corps, irréductiblement différents, dans un même continuum. Cette préoccupation éthique permet d'accorder une attention aux différences dont chaque sonorité est porteuse. Eric LA CASA les a saisi dans la vie et ne les emploie pas dans un projet préconçu. La création musicale est indissociable des rencontres effectuées dès le collectage sonore qui renferme la mémoire, les expériences individuelles et le temps de vie.
Bien que les percussions employées pour "Chrysalithe" soient d'origine ethnique, la pièce est de facture très contemporaine, conjuguant à la fois une volonté de rupture dans l'enchainement des sons ainsi qu'un souci d'homogénéité dans le grain sonore et l'ambiance générale de la pièce. Les harmoniques issues de la voix déjouent les attentes de ïauditeur en quête d'exotisme, créant une atmosphère corrosive. La montée progressive d'une sensation d'effort physique. qui succède, reste le moment le plus délicieux. "Les pierres du seuil - Part I - 3" garde. à travers ses transmutations de coulée, un aspect plus proche du cinéma documentaire. J'imagine parfois les séquences épiques d'un paysage de pluie de Pelechian. Comme dans le cinéma de Tarkovski, la poétique d'Eric LA CASA n'oublie pas d'inclure dans son écoute du monde ses cicatrices, qu'elles soient naturelles ou issues de la civilisation.
Revue et Corrigée
I happen to be a big fan of Eric La Casa's music, which is created entirely from composed recordings of natural sounds such as wind, water, trees, things like that. la Casa explins his guiding philosophy: "Beyond a virtual mapping of the world, I go back to the landscapes of the real, within the geography of being. And I find out that, round the body, the microphone is breathing in all the energies of the shore, where ephemeral and eternal are grazing against each other. All sound fabrics are transmuting into a vibratory ground where both real and reality are slowly unfolding a landscape as yet unheard of. My works are then breathing out the musicality of these invisible reaches. And the listener is patiently taking in everything outside and inside as the Reality of a very same world. My work is looking for this frontier, at the threshold of reality and real, feeling as if there is somewhere else everywhere". Got it?
Intransitive Records
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